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Zone franche au Togo : avantages fiscaux et procédure d'agrément
Guide du régime de zone franche industrielle au Togo, administré par l'API-ZF : exonérations fiscales et douanières par période, conditions d'éligibilité, procédure d'agrément et comparaison avec le droit commun.
Par l’équipe éditoriale d’INTEGRA PARTNERS
Le régime de zone franche industrielle du Togo est régi par la loi n° 2011-018 du 24 juin 2011, que le Code des investissements (loi n° 2019-005 du 17 juin 2019) a intégrée à ses dispositions (art. 34). Il est administré par l'Agence de la Promotion des Investissements et de la Zone Franche Industrielle (API-ZF), qui exerce les fonctions confiées en 2011 à la Société d'administration de la zone franche (SAZOF) (Code, art. 11 ; décret n° 2019-144/PR, art. 28). Selon les visas d'une décision de la SAZOF du 19 octobre 2006, le premier statut datait de la loi n° 89-14 du 18 septembre 1989, et la SAZOF avait été créée par le décret n° 94-11/PR du 16 mars 1994.
La loi de 2011 vise le développement industriel, les exportations, l'emploi et la valorisation des matières premières locales (art. 1). Selon le compte rendu du Conseil des ministres du 11 mars 2026, 141 entreprises ont été agréées depuis 1994, dont 91 alors en activité ; elles ont réalisé 425,664 milliards de FCFA d'investissements en 2024 et généré près de 19 000 emplois directs au profit des nationaux. Le Conseil des ministres du 26 août 2026 a adopté le décret portant dissolution de la SAZOF ; au 9 octobre 2026, nous n'avons pas trouvé sa publication.
01 — Cadre
Le régime de zone franche au Togo
La loi distingue cinq zones d'implantation (loi n° 2011-018, art. 3) :
- Zone I : région Maritime, dont Lomé
- Zone II : région des Plateaux
- Zone III : région Centrale
- Zone IV : région de la Kara
- Zone V : région des Savanes
Une entreprise industrielle est implantée dans la zone où se trouve son usine ; une entreprise de services, dans celle où travaille au moins 80 % de son personnel.
02 — Exonérations
Avantages fiscaux détaillés
Les avantages se comptent à partir de la date de l'agrément provisoire (art. 21). Les taux ci-dessous sont ceux d'une entreprise implantée en zone I, région Maritime, dont Lomé (art. 3) ; les impositions que la loi ne vise pas expressément sont exonérées (art. 23).
| Impôt ou droit | Ce que prévoit la loi de 2011 | Référence |
|---|---|---|
| Impôt sur les Sociétés (IS) | 0 % les cinq premières années ; 8 % de la 6e à la 10e année ; 10 % de la 11e à la 20e ; 20 % à partir de la 21e, ou l'impôt minimum forfaitaire proportionnel. Droit commun : 27 %. Exonération de dix ans en zones II et III, de quinze ans en zones IV et V | art. 21 a, 22 ; CGI, art. 113 |
| Impôt sur les dividendes | Exonération les cinq premières années ; 50 % de l'impôt de droit commun de la 6e à la 10e année ; droit commun dès la 11e, soit une retenue de 13 % | art. 21 b ; CGI, art. 79 |
| Taxe professionnelle | Exonération les cinq premières années ; 5 % de la taxe de droit commun de la 6e à la 20e année ; 15 % à partir de la 21e. La loi ne dit pas « patente » : pour le droit commun, voir le guide Patente | art. 21 d |
| Taxe foncière | Même échelle que la taxe professionnelle | art. 21 e |
| Taxe sur les salaires | Taux réduit de 2 %, stabilisé pendant la vie de l'entreprise en zone franche (1 % pendant sept ans en zone II, dix ans en zones III, IV et V) | art. 21 c, 22 |
| TVA | Exonération sur les biens et services exclusivement nécessaires à l'installation et au fonctionnement, et sur les travaux et services réalisés pour l'entreprise ; exportations exonérées | art. 20, 21 f ; CGI, art. 180, V, 6° et 181, 1° |
| Droits de douane (importation) | Exonération de tous droits et taxes sur le matériel d'équipement (mobilier de bureau compris), les pièces de rechange, les matières premières, les produits semi-finis et les consommables ; réduction de 50 % sur les véhicules utilitaires | art. 20 ; décret n° 2013-090/PR, art. 52 |
| Droits de douane (exportation) | Exonération de tous droits et taxes de douane sur les produits fabriqués en zone franche | art. 20 |
03 — Critères
Conditions d'éligibilité
L'agrément est accordé aux entreprises qui remplissent les trois conditions de la loi de 2011 : exercer une activité de production de biens ou de services ; garantir l'exportation de leur production, sous réserve de la vente locale autorisée ; réserver en priorité les emplois permanents aux nationaux (art. 8).
Pas de montant minimum d'investissement
Ni la loi n° 2011-018 ni son décret d'application (décret n° 2013-090/PR du 27 décembre 2013) ne fixent de montant minimum d'investissement. Le seuil de 50 000 000 FCFA souvent cité est celui de l'agrément au Code des investissements (art. 14), un régime qui ne se cumule pas avec la zone franche (art. 34).
La demande se fait sur un formulaire délivré par l'Agence (décret, art. 13), que nous n'avons pas lu : vérifiez ce qu'il exige avant de déposer.
Orientation export : trois seuils selon les textes
Les textes ne donnent pas un seuil unique, et ne le mesurent pas sur la même base :
- la totalité de la production, sous réserve d'une vente locale autorisée jusqu'à 30 % de la production effective (loi n° 2011-018, art. 8 et 28) ;
- 65 % des ventes à l'exportation au cours des deux dernières années, pour une entreprise déjà installée sur le territoire douanier qui demande l'agrément (art. 9) ;
- 75 % du chiffre d'affaires réalisé à l'export, selon le Code des investissements (art. 34).
Nous ne tranchons pas entre ces trois bases à votre place : faites confirmer par l'API-ZF le seuil qui s'applique à votre projet avant d'arrêter vos prévisions. La vente locale passe par des sociétés installées sur le territoire douanier, à capitaux majoritairement nationaux, et les droits et taxes de douane y sont dus (loi, art. 28 ; décret, art. 58 et 59).
Emploi : priorité aux nationaux
La loi ne fixe pas de nombre minimum d'emplois. Elle impose de réserver en priorité les emplois permanents aux nationaux, à qualification égale :
- le recrutement d'un travailleur étranger suppose une autorisation d'embauche et un contrat visé par l'Agence, pour deux ans au plus, renouvelable une fois ;
- à l'issue de la cinquième année, les travailleurs étrangers ne peuvent plus dépasser 20 % de l'effectif ;
- la formation du personnel représente au moins 1 % de la masse salariale.
Références : loi n° 2011-018, art. 8 et 32 ; décret n° 2013-090/PR, art. 27 et 33 à 35.
Respect des règles environnementales
L'entreprise respecte les règles de protection de l'environnement, avec étude d'impact et audits. Un certificat de conformité environnementale est exigé avant le démarrage des travaux de l'usine, puis pour l'agrément définitif (loi, art. 14 ; décret, art. 18 et 25).
Une activité de production, de biens ou de services
Le statut exige une activité de production de biens ou de services (art. 8). Le commerce international et le courtage en sont exclus (art. 7) : le négoce, sans production, ne donne pas accès au régime. Voir plus bas les catégories éligibles et les activités exclues.
04 — Agrément
Procédure d'agrément auprès de l'API-ZF
Selon les textes publiés au 9 octobre 2026, l'agrément au statut de zone franche suit cinq étapes, conduites par l'API-ZF :
Demande auprès de l’API-ZF
La demande d'agrément se formule auprès de l'API-ZF, sur un formulaire que l'Agence délivre (décret n° 2013-090/PR, art. 13). Nous n'avons pas lu ce formulaire : nous ne publions pas de liste de pièces tant que nous ne l'avons pas vérifiée à la source.Instruction par le comité d’agrément
Le comité d'agrément au code des investissements et au statut de zone franche instruit le dossier. Il compte neuf membres (présidence de la République, Primature, deux pour les Finances, un pour l'Industrie, deux pour l'OTR, un pour l'INSEED, un pour l'API-ZF) ; il est présidé par le ministère chargé des Finances et son secrétariat est assuré par l'API-ZF (décret n° 2019-143/PR, art. 8, 9, 12 et 13). Une enquête de moralité sur le promoteur précède l'agrément provisoire (décret n° 2013-090/PR, art. 15).Agrément provisoire sous 30 jours ouvrables
Après avis conforme du comité, l'Agence délivre l'agrément (décret n° 2019-144/PR, art. 29). L'agrément provisoire est une lettre du directeur général, délivrée dans un délai de 30 jours ouvrables à partir du dépôt du dossier complet (décret n° 2013-090/PR, art. 15 et 16). Les années d'avantages fiscaux se comptent à partir de sa date (loi n° 2011-018, art. 21).Installation dans les six mois
L'entreprise dispose de six mois pour démarrer son installation. L'Agence peut proroger ce délai sur preuves ; le refus de prorogation entraîne le retrait de l'agrément (loi n° 2011-018, art. 11 ; décret n° 2013-090/PR, art. 19). Le matériel d'équipement, les matières premières et les consommables nécessaires entrent en exonération de droits et taxes de douane (loi, art. 20).Agrément définitif : certificat d’entreprise exportatrice
L'agrément définitif, ou certificat d'entreprise exportatrice, est une décision du directeur général de l'Agence. Il suppose d'avoir finalisé la constitution de la société, réalisé au moins une exportation constatée par la douane, et produit le certificat de conformité environnementale et les autres autorisations nécessaires (décret n° 2013-090/PR, art. 17 et 18).
Après l'agrément, l'entreprise reste soumise au Code général des impôts pour ses déclarations et le contrôle (loi n° 2011-018, art. 15) et verse une redevance annuelle (art. 12). Les motifs de retrait de l'agrément sont repris dans les questions fréquentes ci-dessous.
05 — Activités
Secteurs éligibles au régime de zone franche
La loi ouvre le statut aux entreprises qui relèvent d'une ou plusieurs des catégories suivantes (loi n° 2011-018, art. 6) :
- entreprises à forte intensité de main-d'œuvre nationale ;
- entreprises qui valorisent des matières premières locales, dont l'agro-industrie et la transformation de produits miniers ;
- entreprises de technologie de pointe : informatique, électronique, assemblage d'équipements de télécommunications ;
- entreprises de sous-traitance internationale ;
- entreprises qui produisent des intrants pour les entreprises agréées ;
- services orientés vers l'exportation ou qui complètent l'activité des entreprises agréées (holdings, maintenance industrielle, services de support), hors services soumis à autorisation ;
- technopôles et développeurs de zones.
Activités exclues
Sont exclus du statut (art. 7) :
- l'exploitation minière ;
- l'égrenage du coton ;
- le commerce international et le courtage ;
- les télécommunications ;
- le stockage, l'emballage et le reconditionnement, sauf le stockage et l'emballage d'intrants agricoles.
Textile et habillement
Le textile et l'habillement relèvent d'un statut propre, la loi n° 2022-021 du 2 décembre 2022, dont les avantages ne se cumulent pas avec ceux de la loi de 2011 (art. 21). La vente locale y est autorisée jusqu'à 40 % de la production les deux premières années, puis 30 % (art. 22).
06 — Comparatif
Comparaison fiscale : droit commun et zone franche
Ce tableau compare le droit commun et le régime de zone franche pour une entreprise implantée à Lomé, en zone I :
| Impôt ou taxe | Droit commun | Zone franche (zone I) | Références |
|---|---|---|---|
| Impôt sur les sociétés (IS) | 27 % | 0 % pendant 5 ans, puis 8 %, 10 % et 20 % | CGI art. 113 ; loi 2011-018 art. 21 a |
| TVA sur importations | 18 % (taux unique) | Exonérée (biens d’installation et de fonctionnement) | CGI art. 180, V, 6° et 195 ; loi art. 20 |
| Droits de douane | TEC CEDEAO : 0, 5, 10, 20 ou 35 % | 0 % (import des équipements et intrants, export) | TEC CEDEAO ; loi art. 20 |
| Patente / taxe professionnelle | Patente : 0,55 % à 1,20 % du chiffre d’affaires, exonérée 24 mois | Taxe professionnelle exonérée 5 ans, puis 5 %, puis 15 % du droit commun | CGI art. 253, 254 ; loi art. 21 d |
| Retenue sur dividendes | 13 % | Exonérée 5 ans, puis 50 % du droit commun, droit commun dès la 11e année | CGI art. 79 ; loi art. 21 b |
07 — Points restés ouverts
Ce que cette page ne tranche pas
Les trois décrets du 26 août 2026
Adoptés en Conseil des ministres (API-ZF, dissolution de la SAZOF, comité d’agrément), ils peuvent modifier la procédure ; nous n’avons pas trouvé leur publication au 9 octobre 2026.
Le seuil d’exportation applicable
La loi n° 2011-018 (art. 8, 9 et 28) et le Code des investissements (art. 34) ne donnent pas le même seuil ni la même base. Le seuil qui s’applique à un projet se confirme auprès de l’API-ZF.
La « taxe professionnelle » et la « taxe sur les salaires »
La loi de 2011 emploie ces deux intitulés, que le Code général des impôts consolidé en 2025 n’emploie pas sous ces noms. La façon dont l’administration les applique à une entreprise agréée se vérifie sur chaque dossier.
Le délai global de l’agrément
Les textes publiés ne fixent que le délai de l’agrément provisoire. L’agrément définitif suppose une première exportation constatée par la douane : son délai dépend du projet.
Nous vérifions ces points auprès de l’API-ZF et de l’OTR pour chaque dossier.
Questions fréquentes sur la zone franche au Togo
Combien de temps faut-il pour obtenir l'agrément de zone franche au Togo ?
Les textes publiés au 9 octobre 2026 ne fixent qu'un délai : l'agrément provisoire est délivré dans les 30 jours ouvrables qui suivent le dépôt du dossier complet (loi n° 2011-018, art. 17 ; décret n° 2013-090/PR, art. 15 et 16).
L'agrément définitif suppose une première exportation constatée par la douane (art. 17) : son délai dépend de votre projet. Un décret adopté en Conseil des ministres le 26 août 2026 encadre de nouveaux délais de traitement ; il n'est pas publié. Nous ne publions pas de délai global tant que nous ne l'avons pas vérifié auprès de l'API-ZF.
Quel est le minimum d'investissement pour la zone franche au Togo ?
Aucun : ni la loi n° 2011-018 du 24 juin 2011 ni son décret d'application (décret n° 2013-090/PR) ne fixent de montant minimum d'investissement.
Le seuil de 50 000 000 FCFA parfois cité est celui de l'agrément au Code des investissements (loi n° 2019-005, art. 14), un autre régime, qui ne se cumule pas avec la zone franche (art. 34). Avant de déposer, vérifiez ce qu'exige le formulaire de demande en vigueur, délivré par l'API-ZF.
Peut-on vendre sur le marché local togolais en zone franche ?
Oui, dans une limite : l'Agence peut autoriser la vente sur le territoire douanier jusqu'à 30 % de la production effective constatée par la douane (loi n° 2011-018, art. 28).
- Les droits et taxes de douane sont dus sur ces ventes, et la TVA s'y applique au taux unique de 18 % (CGI, art. 175 et 195).
- La vente passe par des sociétés installées sur le territoire douanier, à capitaux majoritairement nationaux, sans participation de l'entreprise agréée.
- L'autorisation suppose l'agrément définitif (décret n° 2013-090/PR, art. 58 et 59).
Dans le textile et l'habillement, la limite est de 40 % de la production les deux premières années, puis de 30 % ; pendant les deux premières années, les droits et taxes de douane, TVA comprise, ne sont pas dus sur le produit mis à la consommation (loi n° 2022-021, art. 22).
En sens inverse, les ventes d'entreprises installées sur le territoire douanier à une entreprise agréée sont considérées comme des exportations au titre de la réglementation douanière (loi n° 2011-018, art. 29).
L'agrément zone franche peut-il être retiré ?
Oui. Le décret d'application énumère les motifs de retrait (décret n° 2013-090/PR, art. 20 et 21), parmi lesquels :
- le défaut de paiement des redevances ;
- la violation des règles douanières, fiscales ou environnementales ;
- une fausse déclaration ;
- le défaut de dépôt des états financiers ;
- le non-respect de la priorité d'emploi aux nationaux ;
- la fermeture de l'entreprise.
Une suspension est possible après mise en demeure. Le refus de proroger le délai de six mois accordé pour démarrer l'installation entraîne aussi le retrait (art. 19).
Peut-on combiner une holding avec une filiale en zone franche au Togo ?
La loi n° 2011-018 cite les holdings parmi les services éligibles au statut, lorsqu'ils sont orientés vers l'exportation ou complètent l'activité d'entreprises agréées (art. 6).
Les dividendes distribués par une filiale agréée sont exonérés d'impôt les cinq premières années, puis soumis à 50 % de l'impôt de droit commun de la 6e à la 10e année, et au droit commun à partir de la 11e (art. 21 b) : une retenue de 13 % sur les revenus distribués (CGI, art. 79).
Le régime fiscal de la holding elle-même se traite à part : voir notre guide Holding au Togo.
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